DECOUVRIR VIZILLE
 - Une histoire exceptionnelle
Une histoire qui se résume en un mot : Résistance !

 

La Marianne est la statue de la liberté vizilloise, inaugurée le 21 juillet 1888, par le Président de la République Sadi Carnot. Située place du château elle commémore le centenaire de l'Assemblée de Vizille.

 

 

 

Au temps des Allobroges, les “Gaulois des Alpes”

 

 

Les restes du premier château de Guigues III XIe siècle

 

 

 

Le duc de Lesdiguières et son château début XVIIe siècle

 

 

 

 

La Journée des tuiles à Grenoble  

7 Juillet 1788

 

 

L’Assemblée de Vizille

21 juillet 1788

 

 

 

Napoléon à la prairie de la Rencontre

7 mars 1815

 

 

Napoléon à Vizille

7 mars 1815

 

 

 

 

 

 

 

Manufacture d’impression sur tissu

 

 

 

Au premier plan la Romanche avec les cabrettes qui dérivaient l'eau pour éviter les crues et alimenter les ruisseaux des jardins et les usines. Au second plan les gorges et laminoirs.

 

 

 

 

Lucie Baud, une des figures du syndicalisme du début du XXe siècle

 

 

 

 

 

 

Le président de la République Albert Lebrun en famille au château en 1938

 

Le Musée de la Révolution française

 

18 février 1944

 

 

22 août 1944 libération de Vizille par les résistants et l’armée américaine

 

La passionnante histoire locale pourrait se résumer en un seul mot : résistance ! Des guerriers Allobroges jusqu’aux Résistants de la seconde guerre mondiale, de l’Assemblée de Vizille qui jeta les bases de la Révolution Française jusqu’aux industriels qui maîtrisèrent la terrible force de l’eau, les générations successives ont rivalisé de ténacité.

 

Aux temps des Allobroges

Les Allobroges - dont le nom signifierait "ceux qui viennent d'ailleurs" - ont été pour la première fois évoqués par l'historien Grec Polybe à l'occasion du récit du passage des Alpes par l'armée du général Hannibal en -218 avant JC, lorsqu'ils tentèrent en vain de lui barrer le passage.

Dans l’antiquité, Vizille était une ville forte qui s'appelait Oppidum Antiquum. Après l'invasion Romaine, une voie y passait venant de Suze et Briançon par le Lautaret et se dirigeait vers Grenoble puis Vienne. Plusieurs fois les Romains durent renoncer à ce passage, repoussés plus au nord par les guerriers Allobroges. Vizille était devenue Castrum Vigiliaé (le Camp des Veilles), car les romains ne pouvaient ni se reposer, ni y dormir, constamment harcelés par les guerriers descendant des montagnes.

A partir de la Révolution, leur nom devint lié à un idéal de patriotisme et de courage face à l'envahisseur. Durant la Seconde Guerre Mondiale, un journal de la presse résistante prit le nom de ce peuple gaulois. Il est encore aujourd’hui synonyme d’esprit d'indépendance et de liberté, et fondateur d’une culture alpine.

 

Aux temps du Dauphiné

Les Comtes du Grésivaudan installent sur le Rocher de Vizille le premier Château. Guigues III, le premier à s'appeler Dauphin, meurt au château de Visiliae en 1128. Vizille est en partie terre des Dauphins et en partie terre de l'évêque de Grenoble. C'est contre l'évêque Aymon de Chissay qu'en 1378, les Vizillois s'insurgent. Ils ne supportent plus la dureté de son administration et de Vizille part le soulèvement populaire. L'évêque est assiégé dans son Palais et se réfugie à Chambéry. Le Roi de France rétablit l'ordre et la répression est terrible.

 

Les guerres de religions et Le duc de Lesdiguières

Puis vient l'époque des Guerres de Religions au XVIe et XVIIe siècle. L'importance stratégique de Vizille en fera un sujet de guerre durant plusieurs décennies. Pris et repris, le bourg passe aux mains des catholiques et des protestants, jusqu’au jour où les Vizillois trouvent leur "maître" : François de Bonne de Lesdiguières, chef des protestants du Dauphiné. Henri IV le nomme lieutenant général du Dauphiné, Maréchal de France, Pair et Duc de Lesdiguières et enfin, après son abjuration, grand Connétable des Armées du Roi, Gouverneur de Picardie Bourbonnais et Artois. Il achète la Terre de Vizille en 1593 et fait construire de 1611 à 1620 le château actuel dans un immense parc de 130 hectares.

 

Vizille berceau de la Révolution française

En juin 1788, Grenoble se révolte. Se sentant menacées par la hausse du prix des denrées alimentaires, des familles protestent et chargent les membres du parlement du Dauphiné de porter leurs revendications à la connaissance du Roi de France Louis XVI. Ces parlementaires n’obtiennent rien des ministres parisiens et se font chasser de la ville de Grenoble. La colère populaire enfle. Le 7 Juin 1788, le gouverneur du Dauphiné envoie sa garnison pour réprimer les émeutiers grenoblois qui montent sur les toits et abattent une pluie de tuiles sur les soldats. C’est la fameuse « Journée des Tuiles », premier germe de la révolte qui deviendra Révolution. Le 21 juillet, 491 représentants des Trois Ordres du Dauphiné - 50 prêtres, 165 nobles et 276 représentants du Tiers État parmi lesquels Mounier et Barnave - se réunissent au Château de Vizille dans la salle du Jeu de Paume. “Vizille, berceau de la Révolution ou de la liberté”, ces qualificatifs montrent l'immense retentissement de l'Assemblée de Vizille parce que dépassant le cadre d'une province, elle lance un appel à la Nation tout entière pour définir par la voie des États Généraux un nouvel ordre politique, un vaste mouvement qui aboutira aux bouleversements de l’été 1789 et à la chute de la monarchie absolue.

 

Napoléon et les Cent-Jours

Parti le 1er  mars 1815 de Golf-Juan où il a débarqué de l’Île d’Elbe, Napoléon remonte la route des Alpes avec un millier de soldats. C’est le 7 mars à midi dans la « prairie de la rencontre » à Laffrey (7 km de Vizille) que les soldats Royalistes attendent le genou à terre prêt à faire feu. Napoléon seul face à son destin s'avance et dit : “Soldats, s’il en est un parmi vous qui veuille tuer son empereur, me voici !”. Feu ! Crie le jeune capitaine Randon et voici qu’un immense cri jaillit : “Vive l’empereur !” Lorsque, peu après, Napoléon entre dans Vizille, il est aussitôt entouré par la foule, l'enthousiasme est à son comble. Le maire, l’attend : “Sire, soyez le bienvenu à Vizille, c'est ici qu'est née la Révolution, c'est dans ce château que nos représentants ont réclamé nos droits et nos privilèges, c'est à vous de les faire respecter...”. Napoléon répond : “Je ne veux que le bonheur et la gloire du peuple Français, c'est pour lui assurer la jouissance des bienfaits de la Révolution que je suis revenu de l'Île d'Elbe, comptez sur moi comme je compte sur vous”. Le soir même l’Empereur dira : « Jusqu’à Grenoble, j’étais aventurier, à Grenoble, j’étais prince...”.

Lors de la Restauration de la Monarchie en 1815, après l'épisode des Cent-Jours Napoléoniens, c'est encore de Vizille que partira la conspiration menée par Didier pour favoriser le retour de Napoléon 1er. Celle-ci échouera dans un bain de sang aux portes de Grenoble.

 

L'épopée de la révolution industrielle

Dès l’antiquité on trouvait le long des cours d’eau alpins des moulins, des battoirs, des forges, des martinets actionnés par une roue mise en mouvement avec le simple poids de l’eau tombant d’une certaine hauteur. Au XIe siècle, on trouvait sur les bords de la Romanche des forgerons, des cordeliers, des selliers qui utilisaient ses eaux. Il y avait aussi beaucoup de bois à proximité dans nos forêts et de très nombreuses mines. A la fin du XVIIIe siècle, un entreprenant bourgeois de la région, Claude Perier, achète le château délaissé aux descendants des Lesdiguières et y installe une manufacture d’impression sur tissu.

Dès 1824, la vallée de la Romanche attire l’industrie métallurgique. L’industrie papetière suit quelques décennies plus tard. Au tournant du siècle suivant, les premières centrales hydroélectriques exploitant la force des eaux de la Romanche alimentent les fours électriques et les cuves d’électrolyse. Au XIXe siècle, Vizille était devenue la ville la plus industrialisée des Alpes du Nord. Les sources, jaillissaient de partout dans Vizille, produisaient une eau limpide, claire et magnifiquement pure. Une force considérable et inépuisable. Une fois introduite dans ses tuyaux, la houille blanche, comme on la nomme, transformait son énergie en électricité. Puis le progrès suivant fut la transmission de l’électricité. C’est là encore une découverte effectuée par Marcel Desprez, entre Vizille et Grenoble (1883-1884). La houille blanche entrait en concurrence avec la houille noire. C’est aussi le début des tramways, de l’amélioration des voies de communication, de l’industrie du papier, les textiles, les chaussures…

La main-d’œuvre était très bon marché et dure au travail. Elle venait sans frais des environs de Vizille, de l’Oisans, de la Matheysine, du sud de Grenoble et quand cela ne suffisait pas, on allait la chercher à l’étranger et la vallée devient un lieu où l’on parle russe, italien, chinois…  Les conditions de travail étaient difficiles dans les nombreuses usines de Vizille où il y eut plusieurs milliers d’ouvriers, mais aussi d’ouvrières dont l’une d’entre elle, Lucie Baud fut une des figures du syndicalisme du début du XXe siècle et mena de rudes grèves. Vizille la rebelle, encore et toujours…

En 1916 des usines chimiques s’installent à Jarrie et Pont-de-Claix. Une épopée industrielle à découvrir au musée de la Chimie à Jarrie, au musée de la Romanche à Livet-et-Gavet et au musée Autrefois à Champ-sur-Drac.

 

Résidence des présidents de la République

Propriété jusqu’en 1895 de l’influente famille Casimir-Perier, le domaine passe ensuite entre plusieurs mains privées avant d’être acquis par l’État en 1924, conformément à un vœu national. Il s’agissait de sauver du démembrement ce qui était devenu un haut lieu d’histoire et de tradition républicaine honoré par les visites familiales, amicales, officielles ou militantes de La Fayette, Casimir Perier, Adolphe Thiers, Sadi Carnot et Jean Jaurès. Cinq présidents de la République y séjournèrent de 1925 à 1960 : Gaston Doumergue, Albert Lebrun, Vincent Auriol, René Coty, qui y passe l’été de 1954 à 1958, et le général de Gaulle, qui y fait un passage dans la nuit du 6 au 7 octobre 1960 marquant ainsi la dernière visite d'un président dans les lieux. En 1973 le domaine est cédé au Conseil général de l'Isère qui décide en 1983 de créer dans le Château le musée de la Révolution française, unique musée national et international consacré exclusivement à la période de la Révolution française.

 

La Résistance et le Maquis de l'Oisans

Pour clore ce résumé de quelques siècles d'histoire, nous arrivons au dernier conflit mondial. Dès 1942 des groupes de résistance se créent à Vizille : Combat, Francs Tireurs et Partisans (FTP), Armée secrète… Une fois encore la répression sera terrible : les 17 et 18 février 1944 l’armée Allemande encercle Vizille, une vingtaine de Vizillois sont arrêtés et déportés, plusieurs autres sont abattus.

Le 22 Août 1944, c'est les armes à la main que des Vizillois, aidés des membres des FTP, du Maquis de l'Oisans et des armées alliées, libéreront leur Ville. Nombre d’entre eux furent tués lors des combats qui se déroulèrent lors de l’assaut de Vizille et dans la vallée de la Romanche. Le 5 septembre 1944, les Comités départementaux de la Libération des Hautes-Alpes, de la Drôme, du Rhône, de la Savoie, de la Haute-Savoie et de l'Isère, issus de la Résistance se réunissent au château de Vizille. Ensemble, ils affirmèrent au cours d'une assemblée solennelle « leur volonté de réaliser les véritables libertés républicaines et d'instaurer un régime de justice sociale». Cet appel prit, bien évidemment, une résonance particulière dans la ville du « berceau de la Révolution française ».